Cette commode a une marqueterie harmonieuse et rare. Elle vient surement d'un très bon atelier mais pourtant elle n'est pas estampillée, il peut y avoir quatre raisons :

- Elle a été fabriquée juste avant l'obligation de signer les meubles en 1743.

- Elle a été vendue directement au client sans passer par la jurande de la corporation, pour éviter de payer la taxe.

- Elle été faite dans un atelier protégé par le roi, mais alors elle aurait sans doute une marque royale, d'inventaire, ou de château.

- Elle vient de province mais cela m'étonnerait, c'est un travail bien parisien du fait de sa forme et des bois employés.

Avant sa restauration :

La façade d'un tiroir s'était fendu, car elle est faite en trois parties collées : la colle avait cédé. Une planche étant en désaffleur, j'ai déplaqué cet endroit (en réchauffant la colle animale avec un décapeur thermique) afin de reprendre au ciseau à bois cette planche.

Sur la photo ci-dessous, on voit bien l'emplacement d'une feuille gravée dans le bois par le "tranché", outil du marqueteur : les fleurs ont donc été incrustées après que le frisage (marqueterie géométrique) a été collé sur le tiroir. Cela parce qu'il s'agit d'un support galbé qui entraine des déformations des placages lors de leur collage.

En général (support plat) on découpe les fleurs dans leur fond et on les assemble avant de coller le placage (tout est donc collé en même temps : frisage et fleurs).

Le placage déposé. Les traits de feutre servent de repère pour ne pas les mélanger :

Recollage de la façade fendue et du placage : tout est dans le serrage...